Il était une fois une histoire pour bercer les enfants et endormir les petites filles.

Un jour mon prince viendra, un jour on s’aimera…
Happy end à l’eau de rose sur fond de tarte à la crème.

Mais bien plus que de faire croire à un prince charmant qui ne viendra jamais. En tout cas pas comme on nous le raconte. En bout de compte, un état de faits pas si reluisants que ça.

On apprend aux petites filles à plaire et aux petits gars à faire. On enseigne aux unes la passivité, l’attente, la douceur et aux autres l’action, l’aventure, la force. On apprend aux filles à se taire et aux garçons à taire leurs émotions. Dès la plus tendre enfance on plante le décor, tacite devient l’accord.

La princesse attend que son prince vienne la délivrer, tu parles d’un destin capoté… Pis faudra leur dire (aux princesses) qu’”il n’y a pas forcément de prince charmant derrière tous les crapauds”* ou les bêtes hargneuses. Non, d’ailleurs, il n’y a pas non plus toujours de Petits Princes derrière toutes les roses.

La princesse n’a pour seule raison d’être la plus belle et de servir son bien aimé. Elle est un peu nunuche, futile mais elle est jolie. Et la princesse n’est pas seulement belle, c’est une belle endormie, qui n’a pas à dire oui. Elle est à disposition, le consentement, pour quoi faire. Sans oui c’est non donc la réciproque ne peut faire foi alors il faudra leur dire (aux princes) que sans non, bah c’est pas oui pour autant. Et que le non ne vaut pas non plus pour un oui déguisé. Non non non. Quand la princesse dort on la laisse dormir. Quand elle repousse des avances, on n’insiste pas. On la laisse partir.

Miroir mon beau miroir, dis-moi, c’est tu vraiment hot d’être princesse ?

Ces princesses font rêver les petites filles et engourdissent les plus grandes.
Du glitter en poudre, à snifer pour cultiver nos châteaux en Espagne.

Des contes de fê’lure. En bout de compte, une voie de fait qui dure.
Ces contes de fée blessent nos illusions et montrent les faiblesses de nos idéaux.

On a muselé nos muses, coupé nos ailes, on a bâillonné nos rêves.
Nos fées ont soif, soif de vie, soif de liberté, soif de mouvements.

Alors… elle serait une fois**, un conte de fée, de ces vieux préjugés, un conte défait.
Dans sa tour d’ivoire, la fée dit voir une prophétie, une prophète si on lui consent l’être.

Laissons la renaître de ses cendres y ont tenté en vain de l’éteindre.
Rebelle aux doigts d’argent, elle coupe ses chaînes, prend le large, largue les amours…

Le prince cesse d’être le héros, la princesse devient comtesse conteuse.
Elle prend les rênes de sa vie, elle devient Reine en son pays.
Elle redessine son pouvoir, selon ses règles et son sang royal/bleu… ROUGE.

Et dans leur renaissance, nos reines puisent leur essence, elles s’allient. La rivalité révolue fait place à la sororité retrouvée. Elles réécrivent l’histoire, leur histoire et façonnent leur couronne, leur matrimoine. Unies dans leur diversité, la puissance prend tout son sens. Elles sont l’infini et l’au-delà. Elles n’attendent plus qu’on viennent vers elles, qu’on les libère, protège… CONTRÔLE. Elles reprennent leurs droits. Exister, explorer, vibrer, aimer qui elles veulent, quitte à voler d’elfes en fées.

Et au bout du conte, on ne sait pas si elles vivront heureuses ou si elles auront beaucoup d’enfants.
Elles seront libres de faire leurs choix. Enfants ou pas, elles pourront être accomplies, en couple ou pas… Cis, Trans… des femmes entières.

Le prince cesse, se révèle princesse et sa mère la reine marie marraine la bonne fée.
Un conte de fée, de ces vieux préjugés, un conte défait.

 

*Bénabar, Procelaine
**Inspiré du « Elle était une fois » de Typhaine D, Contes à Rebours